CANNES 2010 (7) :

Un bref commentaire sur HaHaHa (Hong Sangsoo) (leer en español)

par Fernando Ganzo (traduction de Miguel García et Marion Abadie)

Dix long-métrages. C’est dur de trouver des cinéastes contemporains de Hong Sangsoo avec un chemin de plus grand poids. On se rend à ses nouveaux films comme on se rendait au conte d’une nouvelle saison de Rohmer, ou comme celui qui se rendait à une première de Hitchcock. Conscients, éventuellement, de ce qui nous attend, et en sachant que quelque chose d’inédit nous donnera des nouvelles satisfactions dans la rencontre.

C’est possible qu’au niveau de HaHaHa soit resté un peu loin son aspect le plus éblouissant, ses exhibitions narratives ou ses plus grandes ruptures formelles, et qu’on ne puisse plus nous incliner en révérences devant la magnificence de Woman on the Beach, Turning Gate ou Night & Day, mais ce parcours est récompensé avec une dépuration formelle et narrative qui rapproche son film, une fois de plus, d’une espèce d’essentialité dans laquelle se rencontrer avec le pareillement essentiel des rapports humains, et c’est pour ça qu’il restera toujours quelque chose de mystérieux.

En accompagnant cette dépuration, le cours du temps et des films semble assaisonner les films de Hong avec une mélancolie ici déjà complètement palpable : deux amis se rejoignent autour de (nombreux) verres pour se raconter leurs dernières expériences avant qu’un d’eux quitte la Corée pour aller au Canada. En parlant des bons moments, les deux se racontent leurs expériences pendant le voyage de chacun à Tongyeong. Leur rencontre ne sera pas mise en scène mais à travers de photographies en noir et blanc, accompagnées de la voix off de leurs commentaires, en articulant tout le film dans un coloris passé, pas pour cela moins éphémère, moins insaisissable, incontrôlable et fragile.

Naturellement, on a encore deux films dans le film (les souvenirs de chacun des protagonistes). Ne se divisant pas dans un moment clair, mais s’alternant, s’entrecroisant à travers de personnages communs, mais sans jamais arriver à se toucher, au delà de la valeur interchangeable des objets, qui occupent encore (comme ils pouvaient le faire chez Hawks ou chez Lubitsch, comme à Turning Gate) le rôle de transmetteur sentimental entre les personnages (dans ce cas, une casquette, essentiellement), sa façon de se transporter d’une vie à l’autre.

Parce que même si les protagonistes n’arrivent pas à découvrir ce fin lien entre leurs souvenirs, qui forment une seule histoire, ils ont en commun la distance et la sincérité qui maintenant les sépare d’eux : la femme qu’ils n’osent pas arrêter d’aimer, ou celle qu’ils ne sont pas capables de ne pas vouloir aimer à tout prix. On pourra déjà entrevoir dans ces lignes l’importance du point de vue dans le film, qui accueille le flashback dans tout son classicisme, et qui est capable d’incorporer sans réticences des moments où le personnage n’est pas présent, des rêves, des mensonges, et partager avec nous ce que les personnages ne connaissent pas ou veulent ne pas connaître. Car l’idée nodale du film es la méconnaissance de ce que peut vivre un autre personnage, et l’absolue capacité de décision individuelle, c'est-à-dire, de cette immense fragilité qui suppose de libérer les personnages de leur impulsions et volontés sans aucune coaction, peu importe ou cela mènera.


     HaHaHa
     Un Certain Regard
     CORÉE DU SUD
     2010 / 116’
     réalisateur : Hong Sangsoo
     scénario : Hong Sangsoo
     image : Park Hongyeol
     son : Kim Mir
     montage : Hahm Sungwon
     musique : Jeong Yongjin