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ÉVENEMENTS 2012

Marcos Uzal

(Leer en castellano)

Umirayushchii lebed (Yevgeni Bauer, 1917)


1) 2012

Un grand film où la théorie et le lyrisme s'enlacent miraculeusement :

Holy Motors (Léos Carax)

 

Deux fabuleuses comédies, éloges de l'intelligence penchant tendrement vers l'idiotie :

Damsels in Distress (Whit Stillman)

Moonrise Kingdom (Wes Anderson)

 

Deux bricolages fous, où l'on jouit du cinéma sans entraves :

Wrong (Quentin Dupieux)

Twixt (Francis Ford Coppola)

 

Deux poèmes sur la jeunesse, sauvagement élégants, riches de leur pauvreté :

L’âge atomique (Héléna Klotz)

Cap Nord (Sandrine Rinaldi)

 

Trois humbles et déchirants crépuscules, baignés dans la lumière d'on ne sait quel au-delà :

Gebo et l’ombre (Manoel de Oliveira)

La Nuit d’en face (Raúl Ruiz)

Out-takes From the Life of a Happy Man (Jonas Mekas)

 

+ Un feuilleton TV, parce qu'il ne ressemble pas à de la télévision :

Mildred Pierce (Todd Haynes)

 

2) Le siècle dernier

Ce que je préfère avec Youtube c’est la possibilité de découvrir facilement des films d’un monde d’avant Youtube, d’avant la TV, d’avant le son. Parmi quelques merveilles glanées ça et là ces derniers mois me reviennent surtout : The Country Doctor (D.W. Griffith, 1909), The Painted Lady (D.W. Griffith, 1912), Rien que les heures (Alberto Cavalcanti, 1926).

 

3) Le siècle avant-dernier

A St Malo, en juin 2012, j’ai enfin lu Bruges-la-morte (1892) de Georges Rodenbach. Ce n’est pas exactement un chef-d’œuvre, mais ce livre m’obsède de plus en plus, comme ces films qui ne s’imposent pas d’emblée mais se déploient en vous jusqu’à vous hanter. Evgeni Bauer en a fait une belle adaptation (Gryozy, 1915), et je retrouve dans d’autres de ses films, plus beaux encore, l’univers morbide, provincial et fébrile du roman : Posle smerti (1915), Umirayushchii lebed (1917). On lit parfois que Gryozy annonce étrangement Vertigo, parce que les cinéphiles ne connaissent pas tous bien la littérature : Vertigo s’inspire d’Entre les morts de Boileau et Narcejac, qui est précisément une réinterprétation de Bruges-la-morte. J’aimerais continuer à tirer ce fil littéraire et cinématographique, qui me ramenerait à Edgar Poe et Henry James (toujours ces deux là), et à Viridiana, aux Yeux sans visage, à La chambre verte, et à Huysmans... Bref, loin de mon siècle.

 

4) L’espace hors du temps

J’ai été sidéré et bouleversé par les images du saut dans le vide de Felix Baumgartner (14 octobre 2012), telles qu’on peut les voir : la solitude de sa petite capsule chancelante, lentement transportée par un ballon gonflé à l'hélium jusqu'à 39 kilomètres de hauteur ; son petit salut fordien avant de sauter ; la difficulté des caméras à suivre ce point blanc et flou qui ne cesse d’accélérer (jusqu’à atteindre 1 342,8 km/h), ne reprenant la vague forme d’un corps qu’en tournant sur lui-même ; la conscience très précise de sa petitesse et de sa vulnérabilité ; la gratuité de l’acte, malgré les millions et les sponsors ; la fulgurance improbable d’un geste méticuleusement préparé pendant des années pour s’avérer presque impossible à percevoir ; l’irrésistible attraction du corps vers le sol, où il apparait, comme dans Space Cowboys, que les hommes vont dans l’espace pour mieux y voir la terre et mieux y retourner.

 

Marcos Uzal ha escrito para ExplodingCinéma, Vertigo y Trafic, revista de la que es miembro del consejo de redaccion. Es uno de los responsables del libro Pour João Cesar Monteiro. Es también codirector de la colección « Côté Films » de las ediciones Yellow Now, para la que escribió un ensayo sobre I Walked with a Zombie de Jacques Tourneur. Codirigió libros sobre Tod Browning y Jerzy Skolimowski. Es programador de cine en el museo de Orsay. Ha realizado cuatro cortometrajes.